Thème
Chapitre 28 — L'efficacité en grandes voies
28.1 Pourquoi être efficace — l'enjeu du temps
Quinze minutes perdues à chaque relais. Sur une voie de huit longueurs, ça fait deux heures. Deux heures de plus en paroi, deux heures de moins de marge sur la météo, sur l'horaire, sur la fatigue. La grande voie n'est pas une course — mais l'efficacité n'est pas non plus une option. Elle conditionne ce qui est possible et ce qui ne l'est pas.
Être efficace, ce n'est pas grimper vite. La vitesse de progression dans le rocher est largement incompressible — elle dépend du niveau, du style, de la cordée du jour. L'efficacité se joue dans tout le reste : la préparation au sol, l'organisation du matériel, les transitions au relais, la communication, la gestion de la corde, la descente.
Trois bénéfices concrets justifient l'effort de cette discipline :
- Envisager des courses plus longues. Être efficace sur 4 longueurs est satisfaisant ; être efficace sur 8 ou 10 longueurs devient essentiel — sinon on finit dans la nuit.
- Réduire la fatigue, donc le risque. Moins de temps en paroi, c'est moins d'usure, donc moins de risque de rater une manipulation, mal grimper, mal poser une protection.
- Garantir une sécurité par les routines. Une cordée efficace est une cordée qui a des automatismes — donc qui ne laisse rien au hasard, fait ses check-lists, vérifie ses nœuds. La rigueur et l'efficacité se renforcent l'une l'autre.
RAPPEL
Efficacité ≠ précipitation. Aller vite à n'importe quel prix, c'est sauter des vérifications, prendre des raccourcis, dégrader la sécurité. L'efficacité dont on parle ici, c'est l'élimination des temps perdus inutiles — pas la compression des temps de vérification.
28.2 La préparation amont — plus de la moitié de l'efficacité se joue avant
L'efficacité ne commence pas au pied de la voie : elle se construit la veille, au calme, avec un café et un topo. Le temps qu'on gagne en paroi le lendemain est largement déterminé par ce qu'on a anticipé à la maison.
Croiser les sources d'information. Un topo officiel ne suffit jamais. Les éléments à recouper :
- Le topo papier officiel : la référence pour le tracé, l'équipement annoncé, la cotation. Acheter les topos est aussi un soutien direct à l'équipement et à l'entretien des falaises — ce sont souvent des bénévoles qui posent le matériel et le rééquipent.
- Camptocamp ou équivalent communautaire : les comptes rendus de sortie récents donnent les vraies conditions du moment (rocher humide, secteurs équipés/déséquipés, points manquants, anneaux de rappel à doubler).
- Cartes IGN ou OpenStreetMap : valider l'approche et le retour. L'outil On the go map permet d'estimer distance et dénivelé.
- Demander aux copains qui ont déjà parcouru la voie. Une conversation de cinq minutes vaut souvent mieux qu'une heure de lecture de topo.
- Forums et groupes : Camptocamp, groupes Facebook locaux. À utiliser pour les zones où l'information manque ou semble obsolète.
Toujours emporter le topo en falaise. Une fois sur place, il n'y a souvent pas de réseau. L'imprimer, le prendre en photo, ou enregistrer le PDF sur le téléphone est la règle. Astuce d'usage : dessiner soi-même la voie sur un bout de papier — tracé, points clés, cotations — pour avoir un repère qui ne dépend ni de la batterie ni du réseau.
🏔️ TERRAIN — Repérer le départ
Le départ d'une grande voie est rarement sur un sentier. Souvent, l'approche se termine en plein nature, parfois en mode sanglier dans les ronces, et il faut trouver le premier point dans une paroi qui peut paraître monolithique. Sans repérage préalable, il n'est pas rare de chercher une heure le départ d'une voie. Quelques techniques pour ne pas se laisser piéger :
- Repérer sur le topo une caractéristique visuelle (arbre, vire, dièdre, couleur du rocher) qui marque le départ.
- Lire les comptes rendus récents — la marche d'approche est souvent décrite avec plus de précision dans les retours communautaires que dans le topo officiel.
- En arrivant au pied, chercher d'abord le premier point (une plaquette, une broche brillante) plutôt que de chercher le départ par le bas. Un point repéré, c'est une voie identifiée.
- Prévoir une marge horaire pour ce repérage : 15 à 30 minutes selon la complexité.
28.3 L'organisation matérielle — sac, baudrier, corde
Le matériel comme système de fonctions est posé en → Ch.5.
Le débat « un sac ou deux sacs ». Les avis divergent.
| Approche | Argument principal | Inconvénient |
|---|---|---|
| Un seul sac par cordée (souvent porté par le second) | Confort du leader sans sac. Sensations proches de la couenne. Plus de fluidité en tête. | Déséquilibre de portage. L'autonomie de chacun (eau, nourriture, vêtement) est limitée — il faut attendre la pause sac pour boire ou manger. |
| Deux petits sacs autonomes (un par grimpeur) | Chacun gère son rythme — boire, grignoter, ajuster sa tenue. Pas d'attente. Léger si bien chargé. | Demande plus d'habitude. Le sac du leader peut un peu gêner sur le passage clé. |
L'arbitrage dépend de la cordée et de l'habitude. Ce livre n'impose ni l'un ni l'autre — chaque cordée tranche selon son confort.
Quel que soit le choix, charger le sac avec une logique d'accès. Les éléments souvent sollicités (barre, eau, k-way) en haut ou dans les poches latérales ; le fond de sac (couverture de survie, cordelette, frontale, couteau) en dessous. Un mousqueton dédié au sac permet de l'attacher au relais sans hésitation à chaque arrivée du second.
La poche à eau (Camelbak) plutôt que la gourde. Avec une poche à eau, on s'hydrate à la demande — y compris au moment précis où l'on relance la grimpe (le premier mètre après un relais où la corde se met en tension), sans avoir à ouvrir le sac. Avec une gourde au fond du sac, on n'ouvre presque jamais — donc on s'hydrate mal.
Chaussures d'approche : au porte-matériel, pas dans le sac. Une grande voie commence et finit par une marche, parfois en montagne, parfois en descente exposée plus dure que la grimpe elle-même. Choisir des chaussures d'approche légères mais de vraie randonnée — pas des baskets — pour gérer les sentes raides et la descente. Pendant la grimpe, les attacher entre elles par leurs lacets et les clipper avec un mousqueton à vis sur le porte-matériel arrière du baudrier. Le poids à la taille se ressent infiniment moins que le même poids dans le dos. Et le sac garde de la place pour le reste.
Crème solaire dans le fond du sac. Une paroi en plein soleil, surtout sud, surtout calcaire (qui réverbère), peut transformer une journée en cuisson. Au relais, on a souvent peu de marge d'orientation — on prend ce que la voie donne. Un petit tube en fond de sac sauve la sortie.
Téléphone : kit anti-chute. Les coques de protection avec sangle d'attache (Climb Tech, Quad Lock, Loop) permettent de prendre des photos en paroi sans risquer de faire tomber le téléphone. Les souvenirs d'une grande voie comptent — autant ne pas se priver.
Leash de chaussons. Un simple cordon entre la cheville et le chausson évite la perte au relais quand on les retire pour soulager les pieds. Cinq minutes de confection au sol, des heures de tranquillité en paroi.
| Confection du leash | Détail |
|---|---|
| Longueur | 25 cm de cordelette ⌀ 5 mm par chausson |
| Côté chausson | Double nœud de huit dans la boucle en tissu du talon |
| Côté pied | Double nœud de huit, faire passer la cordelette dans l'anneau du nœud, enfiler le pied dans la boucle ainsi formée. Une tête d'alouette se forme autour de la cheville |
| Comportement | Auto-serrage sous le poids du chausson en cas de chute |
Avantage par rapport au mousqueton-au-relais : on peut enlever ses chaussons à n'importe quel moment pour soulager les pieds, sans manipulation au relais et sans risque de chute. Et au cours d'une grande voie de 8-10 longueurs, soulager ses pieds régulièrement n'est pas un confort — c'est une vraie nécessité technique : des pieds qui gonflent dans des chaussons mal aérés finissent par casser la grimpe (on tire alors plus sur les bras, on fatigue plus vite, on grimpe moins bien).
Vache dynamique en corde, pas en sangle dyneema. Pour le rappel, jamais de vache en sangle dyneema (rigide, pas d'absorption d'énergie en cas de petit choc). Une longe en corde dynamique — soit un morceau de corde dédié à deux nœuds de huit aux extrémités, porté en bandoulière comme une sangle 120 cm, soit une longe commerciale type Petzl Connect Adjust — donne un vachage qui amortit. Le morceau de corde dédié peut aussi servir de sangle de relais ou d'anneau de rappel d'urgence.
Organisation du baudrier. Chacun sa tambouille, mais une logique stable est précieuse. Ordre courant :
- Devant : dégaines rallongeables (les plus utilisées en gestion de tirage)
- Côtés : dégaines courtes, équitablement réparties gauche/droite
- Arrière : mousquetons de relais, chaussures d'approche (mousqueton à vis), autobloquant + sangle 120 cm tressée, micro-traxion / tibloc si emportés
- Autour du buste : sangle 120 cm pour l'auto-assurage au relais
L'idée : tout ce qu'on cherche en grimpant en tête est devant ou sur les côtés, accessible sans regarder ; tout ce qui sert au relais est derrière. Les rallongeables regroupées sur une seule dégaine par côté libèrent les porte-matériels.

28.4 Au relais — réversibilité, corde, transitions
Le relais simple est traité en → Ch.13 ; le relais comme système (cinq montages, flèche, réversibilité) en → Ch.17 et → Ch.18.
Grimper en réversible. Le levier d'efficacité numéro un au relais. Quand le leader et le second alternent, le second qui arrive n'a presque rien à transférer — il a déjà toutes les dégaines récupérées dans la longueur précédente, il repart immédiatement. Le temps gagné par rapport à un échange complet de matériel : 5 à 10 minutes par relais. Sur 8 longueurs, c'est plus d'une heure.
La réversibilité demande deux conditions : les deux grimpeurs sont à l'aise dans le niveau de la voie, et la corde est gérée de façon à ne pas s'emmêler entre les changements de leader.
Gestion de la corde au relais. Trois méthodes selon la configuration.
- Le tas (vire ou plate-forme disponible) : empilement classique. Brin du leader sous le tas, brin du second sur le tas. En réversible, le tas se déroule sans souci. Sinon, on le retourne avant le départ pour que le brin du nouveau leader soit dessus.
- Les oreilles (relais suspendu sans plate-forme) : boucles posées sur la longe, à droite et à gauche. En réversible, commencer par de grandes boucles et finir par de petites — le second qui devient leader trouvera les petites en dessus, donc dérouleront en premier.
- Les nœuds sur relais : variante plus avancée, à driller au sol avant emploi. Permet une gestion sur point d'ancrage sans aucune surface horizontale.
🏔️ TERRAIN — Adapter la longueur des oreilles au relief
Si le profil sous le relais comporte un becquet, un dévers ou un dièdre, faire des oreilles courtes qui ne descendent pas en dessous de ce relief — sinon la corde s'y prend et bloque le départ. Les oreilles peuvent être asymétriques : longue à droite si le relief est plus dégagé à droite, courte à gauche si l'inverse.
Méthode des « boucles attachées » (variante des oreilles). Quand on n'a aucune surface horizontale et que les oreilles sur la longe risquent de tomber, une variante consiste à attacher chaque boucle de corde par une queue de vache sur la sangle du relais (ou sur sa propre vache en réversible). On commence par la plus grande boucle (corde qui pend le plus loin sans risque de coinçage), accrochée par un nœud sur la sangle. Au fur et à mesure que le second remonte, on fait des boucles de plus en plus petites, attachées juste à droite de la précédente. À l'arrivée du second, on a une succession de boucles soigneusement rangées. Pour la longueur suivante, l'assureur défait les nœuds un par un au fur et à mesure que le leader avance. Avantage notable : si l'assureur fait une erreur ou perd connaissance, le nœud bloque la corde — sécurité passive non négligeable.
Variante en réversible : attacher chaque nouvelle boucle dans l'anneau formé par le nœud de la boucle précédente. La corde se range alors verticalement plutôt qu'horizontalement, ce qui peut convenir à des relais très étroits.
Sac attaché au relais dès l'arrivée du second. Un mousqueton dédié au sac, et le sac est immobilisé sur le relais le temps de la transition. On ne le récupère qu'au moment du départ — ça libère les mains pour tout le reste.
« Pimper » son relais — confort, donc efficacité. Un relais inconfortable est un relais où l'on s'agite, où l'on se tend, où l'on rate des vérifications. Un relais bien installé donne quelques minutes de vraie récupération. Quelques détails qui transforment :
- Vache au cabestan ou à longe réglable : permet de régler finement la hauteur de la corde et de se positionner sur une vire ou un replat plutôt que de pendre suspendu sur une prise inconfortable.
- Sac retiré au relais : laisser un mousqueton à demeure sur la poignée du sac, c'est un geste de moins à faire en arrivant. Le poids enlevé des épaules pendant l'assurage du second est un vrai repos.
- Chaussons retirés ou desserrés : avec leash, c'est sans risque. Aux premiers relais, on hésite — au dixième on regrette de ne pas l'avoir fait plus tôt. La règle : à chaque relais, on desserre au moins, on retire si possible.
Communication par la corde, par sifflet, par voix — dans cet ordre. Trois moyens, classés par ordre de fiabilité décroissante :
- La corde : code défini avant la grimpe (par exemple « 3 coups secs = relais vaché », « 3 coups secs en réponse = je pars »). Pas de batterie, pas dépendant du vent. La référence.
- Le sifflet : portable au baudrier, audible dans le vent, pas de batterie. Code simple : 1 coup = je suis vaché ; 2 coups = je t'assure tu peux y aller. À adopter pour les voies à relais très éloignés ou avec bruit ambiant (cascades, vent).
- Le talkie-walkie : luxe quand ça marche, à condition d'avoir des batteries chargées et un modèle USB rechargeable. Fonction VOX (mains libres) très précieuse — permet de prévenir d'un vol imminent quand on a les deux mains sur une réglette. À considérer comme bonus, pas comme moyen principal — toujours maîtriser le code corde d'abord.
Transmission du matériel — ordre stable. Quand on n'est pas en réversible et qu'il faut transférer le matériel du second arrivant au leader qui repart, l'ordre suivant accélère :
- Mousquetons à vis du relais en premier (le suivant en aura immédiatement besoin)
- Dégaines rallongeables ensuite
- Dégaines courtes
- Sangles, autobloquants, matériel de secours en dernier
Annoncer chaque pièce à voix haute (« je te passe deux rallongeables ») évite les oublis et les pertes.
Communication par la corde plus que par la voix. Le vent, le relief, les autres cordées rendent la communication vocale fragile. Le code par tirages de corde, défini avant la grimpe, est plus fiable. Exemple :
- Quand le leader fait son relais : il tire 2 fois 5 m d'un brin déterminé.
- Quand il a installé son assurage et est prêt : il tire 8 fois fortement sur la corde.
- Le second comprend qu'il peut désormais grimper.
Ce code doit être défini pendant l'approche, pas en cours de voie. Les deux partenaires doivent l'avoir compris avant le premier relais. Un talkie-walkie peut compléter, mais ne remplace pas la maîtrise du code corde — talkie qui tombe, batterie morte, vent qui empêche d'entendre, et il faut savoir se passer du « high tech ».
FACTEUR HUMAIN
Chacun garde une barre sur soi. Indépendance alimentaire de base : ne pas dépendre du sac (qui peut être loin) pour avoir un coup de fouet quand l'énergie baisse. Une barre dans une poche du baudrier ou de la veste, c'est l'autonomie de cinq minutes qui peut sauver une longueur fatigante.

28.5 La descente — rappels efficaces et propres
La descente est statistiquement le moment le plus accidentogène (→ Ch.14). Elle est aussi un gros consommateur de temps si elle est mal organisée. Quelques détails qui changent.
Longe la plus longue, autobloquant au-dessus du frein. En rappel, l'autobloquant de sécurité (machard, prussik, valdôtain) doit être au-dessus du descendeur, relié au baudrier par la longe la plus longue. Trois bénéfices : (1) on peut descendre en gardant la main de freinage libre par moments, (2) si on lâche tout, l'autobloquant bloque seul, (3) la longe longue ne plaque pas l'autobloquant contre le frein, ce qui empêcherait son fonctionnement.
Séparer les brins et repérer le brin à tirer. Avant de quitter le relais, séparer visuellement les deux brins — l'un dans une main, l'autre dans l'autre, ou un de chaque côté du corps. Repérer (couleur, marque, texture) lequel sera le brin à tirer une fois la descente faite. Cette discipline simple a deux effets immédiats : la corde ne vrille pas pendant la descente, et au moment de tirer le rappel, on sait quel brin saisir sans hésiter — économie de temps et risque de coinçage réduit.
Premier descendant prépare le relais suivant. Le premier qui descend installe la cordelette ou la sangle de rappel suivante si elle est usée, vérifie l'ancrage, choisit la zone d'arrivée. Il met en mode autobloquant pour que le second descende en sécurité même si lui ne peut plus l'assurer du bas.
Procédure d'enchaînement des rappels — un « leader fixe » de descente. Garder un grimpeur unique comme leader des rappels sur toute la descente accélère significativement. Il connaît le rythme, les nœuds, les transitions. Procédure type :
- Au sommet (fin de la dernière longueur) : le leader assure le second qui remonte. Pendant qu'il assure, il décorde son extrémité, passe la corde dans l'anneau du relais et fait le nœud de jonction. Au moment où le second arrive, il ne reste plus qu'à se décorder — le rappel est prêt.
- Le leader descend en premier, jusqu'au relais suivant.
- À l'arrivée, il installe un mousqueton « primaire » (à vis, large) sur le point central du relais où les deux grimpeurs viendront se vacher — ça permet à chacun d'avoir une position confortable sans se gêner.
- Le leader passe la corde à rappeler dans l'anneau du nouveau relais (préparation du rappel suivant). Pour ne pas confondre quel brin tirer, il clippe le brin à rappeler avec sa propre vache — visuellement non ambigu.
- Le second descend pendant que le leader prépare. À son arrivée, il commence à tirer la corde, le leader aide en tirant le brin sous l'anneau.
- Une fois le nœud de jonction en butée, le leader installe dans l'ordre : son autobloquant, son descendeur, le descendeur du second. Pendant ce temps, le second finit de rappeler la corde.
- Le leader descend, le second a le temps d'installer son propre autobloquant.
- Et ainsi de suite, à chaque relais.
Astuces anti-coinçage de corde.
- Nœud d'arrêt en bout de chaque brin — toujours, sans exception. C'est la règle de sécurité non négociable du rappel : un nœud d'arrêt sur chacun des deux brins avant de commencer toute descente. La fatigue de fin de course, la pression du temps, l'envie de gagner cinq minutes — autant de raisons d'oublier le nœud, autant d'accidents documentés. La règle ne souffre aucune exception (cf. Ch.14 §14.3).
- Nœud de jonction sur la corde non collée au rocher. Le brin avec le nœud de jonction (qui relie les deux brins de rappel pour permettre de les tirer ensuite) est celui qui ne touche pas la paroi — sinon le nœud frotte au tirage et risque de bloquer.
- Placer le rappel sur les zones de rocher lisse. Le dernier qui descend a la responsabilité critique de positionner les brins là où ils ne s'accrocheront pas. Une écaille, un dièdre étroit, un arbre — autant de pièges à corde qui peuvent imposer une remontée pour libérer.
- Tongs ou chaussures légères dédiées descente : si la descente combine des sentiers, des vires de marche et des rappels, une paire de tongs ou de chaussures très légères en complément des chaussons d'approche peut faire la différence sur une descente longue. Léger, encombrement minimal, et soulagement immédiat des pieds.
Communication descente. Mêmes principes que la montée. Le premier confirme sa sécurisation par un signal convenu (deux tirées sèches, sifflet) avant que le second ne commence à se vacher.
RAPPEL — Ne jamais commencer un rappel sans nœud d'arrêt en bout de corde
Le moment de fatigue, en fin de course, en descente, est précisément celui où l'on oublie. Toujours, sans exception, faire un nœud d'arrêt sur chaque brin avant de commencer le rappel. Voir Ch.14 pour le détail de la procédure.
28.6 La discipline de l'efficacité — c'est dans le détail
Aucune des astuces de ce chapitre ne fait gagner une heure à elle seule. Mais cumulées, elles transforment la sortie. Cinq minutes ici, deux minutes là, trois minutes ailleurs — et en fin de journée, on a deux heures de marge en plus, ou deux longueurs supplémentaires faites avant la nuit, ou l'énergie suffisante pour bien gérer la descente.
| Pratique | Gain estimé par sortie | Difficulté de mise en œuvre |
|---|---|---|
| Préparation amont (topos, comptes rendus, repérage) | 30-60 min | Facile, demande juste de la rigueur la veille |
| Grimper en réversible | 30-60 min | Demande deux grimpeurs au même niveau |
| Sac et baudrier organisés | 10-20 min | Facile, à régler une fois pour toutes |
| Communication par la corde | 10-20 min | Demande d'avoir codifié avant la grimpe |
| Gestion de la corde (oreilles, tas) | 10-20 min | Demande pratique au sol |
| Transmission ordonnée du matériel | 5-15 min | Trivial, juste à imposer comme rituel |
| Rappels propres (brins séparés, brin tiré) | 5-15 min | Discipline simple |
| Total cumulé | 1 h 30 à 3 h | Réelle, sur une voie de 8 longueurs |
FACTEUR HUMAIN — L'efficacité s'apprend, elle ne s'improvise pas
Tous ces réflexes se drillent au sol — préparation, organisation du baudrier, gestion de la corde, transmissions. Ils ne s'improvisent pas le jour J. Une cordée qui passe une heure ensemble en couenne à répéter les transitions de relais, à coder sa communication, à tester les oreilles, gagnera bien plus que cette heure dès la première grande voie. C'est cet investissement qui fait la différence entre une cordée qui subit la voie et une cordée qui la conduit.
