Skip to content
P5Maîtriser relais et assurage

Chapitre 16Comprendre les relais

Chapitre 16 — Comprendre les relais

⚡ ALERTE

Ce chapitre décrit des techniques qui engagent la sécurité. La lecture ne remplace pas l'apprentissage encadré et la pratique supervisée.

Le relais : pivot de toute la grande voie

Si la grande voie était une partition musicale, le relais en serait la mesure — le point de repère autour duquel tout s'organise. C'est au relais que l'on s'arrête, que l'on s'assure, que l'on change de rôle, que l'on évalue la suite. C'est au relais que la cordée se retrouve, reprend son souffle, vérifie son matériel et prend des décisions. C'est aussi au relais que se concentrent les manœuvres les plus techniques et les plus critiques en matière de sécurité.

Comprendre la logique d'un relais, c'est comprendre le fonctionnement même de la grande voie. Chaque relais répond à une triple exigence : solidité (il doit pouvoir encaisser les forces engendrées par une chute), fiabilité (il ne doit pas dépendre d'un seul point susceptible de lâcher), et fonctionnalité (il doit permettre toutes les manœuvres nécessaires — assurage, transition, mouflage éventuel — de manière fluide et organisée).

On distingue les relais équipés (chaînes, plaquettes, anneaux de rappel installés sur les parois sportives) et les relais à construire soi-même à partir des points d'ancrage disponibles (broches, pitons, lunules, coinceurs). Les premiers simplifient considérablement la tâche. Les seconds exigent une compréhension approfondie de ce chapitre.


Comparatif des types de relais

Type de relaisConditions d'usagePoints fortsLimites
Triangulé sur dynaloop2 points équipés espacésÉquilibré, réglable, fiableNœud difficile sous charge
Double chaise sur 2 points2 points proches, spitsRapide, simplePeu équilibré si points asymétriques
Relais sur 1 point + coinceur1 point fixe sainFlexible, adaptableExige un coinceur solide
Relais naturel (arbre, becquet)Terrain non équipéTrès solide si ancrage sainVérification critique obligatoire
Relais en opposition2 points opposés (fissures)Efficace quand pas d'autre choixPlus complexe à construire
Relais équipé (chaîne / maillon)Voies sportives équipéesTrès rapideDépend de l'entretien de la voie

13.1 Logique du relais : pourquoi, comment, quels critères [T] ⚡

Un relais sert à créer un point d'ancrage solide et fiable pour toute la cordée. Il doit remplir quatre fonctions simultanément : retenir une chute du leader (vers le haut puis vers le bas), retenir une chute du second (vers le bas), permettre le vachage de tous les membres de la cordée, et servir de support à l'assurage dans les deux sens.

Pour cela, un relais doit toujours réunir au minimum deux points d'ancrage reliés entre eux. Un seul point, aussi solide soit-il en apparence, ne constitue jamais un relais — c'est la règle fondamentale de la redondance, évoquée au chapitre 4.

Les critères d'un bon relais sont les suivants. La solidité des points d'ancrage individuels : chaque point doit être évalué séparément (broche scellée, piton en bon état, plaquette boulonnée, coinceur bien posé). La qualité de la liaison entre les points : la manière dont on relie les points détermine la répartition des forces et le comportement du relais en cas de rupture d'un point. La position du relais : il doit être installé dans un endroit où l'on peut s'organiser (place suffisante pour les manœuvres), et si possible avec une bonne visibilité sur la longueur suivante. La direction des forces attendues : on construit le relais en fonction de la direction dans laquelle les contraintes vont s'exercer — vers le bas pour retenir un second, mais potentiellement vers le haut puis vers le bas pour retenir un leader.

INFO

Alerte — Un relais n'est jamais « à peu près bon ». Chaque point d'ancrage doit être vérifié individuellement : visser les mousquetons, vérifier la solidité de la broche, contrôler l'état du piton, tester le coinceur. Puis la liaison entre les points doit être vérifiée : angles corrects, tension adaptée, pas de frottement dangereux sur une arête.

⚡ DOCTRINE RELAIS — Manuel monitorat

Dans ce livre, un relais est construit avec une règle de lisibilité et de redondance : mousquetons orientés vers le bas quand la configuration le permet, virole à l'opposé du rocher, triangulation dans le sens de la charge attendue, nœud impératif dans les systèmes triangulés. Les systèmes sans nœud de type Pavlotin sont proscrits : la rupture d'un brin peut entraîner la perte complète du relais. Le primaire doit rester lisible, accessible et vérifiable.


13.2 Analyse des points : solidité, direction, espacement [T] ⚡

Avant de construire un relais, on analyse les points disponibles. Cette analyse porte sur trois dimensions.

La solidité de chaque point. Une broche scellée dans du rocher sain est solide. Un piton qui bouge quand on le secoue ne l'est pas. Une plaquette boulonnée dont la tige est rouillée inspire la prudence. Un coinceur posé par soi-même n'a que la solidité qu'on lui a donnée. On teste chaque point avant de l'utiliser — en le chargeant progressivement, en vérifiant visuellement l'état du support, en évaluant le rocher environnant.

La direction de résistance. Un point d'ancrage ne résiste pas de la même manière dans toutes les directions. Un piton résiste bien à une traction vers le bas mais peut sortir si la traction est vers le haut. Un coinceur résiste dans un sens mais peut glisser dans l'autre. Cette analyse conditionne le choix du type de relais et l'orientation de la liaison entre les points.

L'espacement entre les points. L'écart entre les points d'ancrage détermine le type de relais réalisable et l'angle que va former la liaison. Plus les points sont éloignés, plus l'angle est ouvert, et plus les forces sur chaque point augmentent. Un angle supérieur à 60 degrés au sommet de la triangulation commence à être défavorable. Au-delà de 120 degrés, les forces sur chaque point dépassent la charge totale — le relais est moins efficace qu'un seul point.


13.3 Triangulation, semi-directionnel, sériel : principes et choix [T] ⚡

Il existe plusieurs manières de relier deux points d'ancrage pour former un relais. Le choix dépend de la configuration des points (hauteur, espacement, solidité relative) et de la direction des forces attendues.

Le relais triangulé est le plus courant. On relie les deux points avec une sangle (dynaloop) en formant un triangle dont le sommet inférieur constitue le point de vachage (le « primaire »). Si un point lâche, le triangle se réorganise autour du point restant. Pour que ce relais fonctionne correctement, les deux points doivent être à peu près à la même hauteur et suffisamment proches pour que l'angle au sommet reste inférieur à 60 degrés. C'est le relais à privilégier en première intention.

Le relais non triangulé (double chaise) s'impose quand les deux points ne sont pas à la même hauteur ou sont trop espacés pour un angle correct. On fixe la sangle sur chaque point séparément (avec un nœud de chaise sur le point bas et un cabestan sur le point haut), et on se vache sur le point bas. La sangle ne doit pas être tendue entre les deux points — elle reste molle pour éviter de charger un point si l'autre lâche.

Le relais à l'anglaise est utilisé quand les points sont trop éloignés pour une triangulation classique mais qu'on souhaite malgré tout répartir les charges. On passe la sangle dans les deux points et on fait un nœud simple au milieu, qu'on positionne de manière à diriger la force résultante dans l'axe souhaité. Le primaire se place sur les deux brins de part et d'autre du nœud.

Le relais semi-directionnel combine répartition des charges et orientation préférentielle. On confectionne deux nœuds simples espacés de 20 centimètres au milieu de la sangle, puis on fait vriller un des brins entre les deux nœuds. Ce montage limite la chute en cas de rupture d'un point à la distance entre les deux nœuds, tout en orientant la force dans une direction privilégiée. C'est un relais plus avancé, recommandé quand la direction de traction n'est pas strictement vers le bas.

Le relais sériel (en série) consiste à se vacher sur chaque point indépendamment, l'un après l'autre, sans liaison entre eux. C'est le relais le plus simple mais le moins élégant — il ne répartit pas les charges. On l'utilise en dernier recours ou temporairement, le temps de construire un relais plus élaboré.

INFO

Tableau de décision — Quel type de relais selon la configuration

Points proches, à hauteur comparable → relais triangulé Points à hauteurs différentes ou éloignés → relais double chaise (non triangulé) Points très éloignés, angle défavorable → relais à l'anglaise Direction de traction variable ou latérale → relais semi-directionnel Points excellents, usage temporaire → relais sériel



Complément — Relais comme espace de décision

Statut de cette section : UPDATE éditorial. Le chapitre explique déjà les principes des relais. Ce complément ajoute la couche manquante issue du manuel : analyser, choisir, organiser et illustrer le relais comme poste de travail de la cordée.

16.F1 — Le relais n'est pas seulement un ancrage [T]

Un relais peut être solide et pourtant mal exploité. En grande voie, le relais doit être compris comme un poste de travail temporaire : on s'y sécurise, on y assure, on y communique, on y trie le matériel, on y prépare la longueur suivante, on y prend parfois une décision de renoncement. Sa qualité ne se mesure donc pas seulement à sa résistance théorique, mais aussi à sa lisibilité et à sa fonctionnalité.

Fonction du relaisQuestion à se poserConséquence pratique
SécuriserEst-ce que chaque membre de la cordée est relié clairement ?Vachage immédiat et vérifiable
AssurerL'assurage travaille-t-il dans le bon axe ?Orientation du système avant mise en charge
OrganiserLes cordes et le matériel sont-ils lisibles ?Séparation des lignes, déversoir, matériel trié
DéciderLa suite est-elle claire ?Lecture topo, TECAP, décision continuer/adapter
IntervenirPeut-on moufler, descendre ou aider ?Garder une ligne de manœuvre disponible

FACTEUR HUMAIN

Les erreurs au relais viennent souvent d'une illusion de pause : on croit être “arrivé”, donc l'attention baisse. En réalité, le relais est l'un des moments les plus denses cognitivement : plusieurs systèmes coexistent, plusieurs personnes bougent, plusieurs décisions s'enchaînent. Il faut ralentir mentalement, pas relâcher l'attention.

16.F2 — Storyboard : analyser un relais avant de le construire [T] ⚡

PlanMomentObservation / actionObjectif pédagogique
1ArrivéeLe leader se vache immédiatementPriorité à la sécurité personnelle
2LectureIl observe les points disponiblesNe pas construire avant d'avoir analysé
3Test visuelIl regarde rocher, plaquettes, broches, pitons, sanglesÉvaluer chaque point séparément
4DirectionIl identifie d'où viendra la charge : second, leader, traverséeConstruire pour la force réelle, pas pour un schéma abstrait
5EspaceIl observe la place disponible pour deux ou trois personnesPrévenir l'encombrement
6ChoixIl choisit le type de relais adaptéRelier configuration et technique
7InstallationIl construit sans mélanger lignes de sécurité et lignes de manœuvreMaintenir la lisibilité
8VérificationIl contrôle mousquetons, nœuds, angles, frottementsTransformer la vérification en réflexe
9Mise en serviceIl installe l'assurage du secondLe relais devient fonctionnel
10Préparation suiteIl anticipe départ, matériel, corde, topoLe relais prépare la longueur suivante

16.F3 — Choisir le type de relais : logique simplifiée [T/A]

Configuration observéeRelais à privilégierNiveauPoint de vigilance
Deux points proches, même hauteurTriangulé simple[T]Angle inférieur à 60°
Deux points décalés en hauteurDouble chaise ou système non triangulé[A]Éviter une fausse répartition
Points éloignésRelais à l'anglaise ou solution spécifique[A]Gérer l'angle et l'allongement potentiel
Direction de charge latéraleRelais orienté / semi-directionnel[A]Construire dans l'axe du second ou de la traversée
Relais équipé chaîneUtilisation du point central si sain[T]Vérifier usure, corrosion, maillon
Point douteuxRenforcer ou changer de stratégie[A]Ne pas compenser un mauvais point par un beau montage

DÉTAIL QUI CHANGE LA JOURNÉE

Au relais, garder une zone “propre” pour le système d'assurage et une zone “vivante” pour le matériel en circulation. Quand tout est accroché sur le même mousqueton, chaque action impose de démêler avant d'agir.

16.F4 — Les erreurs de compréhension à corriger [T]

ErreurPourquoi elle est dangereuseCorrection pédagogique
Penser qu'un relais est bon parce qu'il a deux pointsDeux mauvais points ne font pas un bon relaisÉvaluer chaque point séparément
Confondre triangulation et magieUne mauvaise triangulation peut aggraver les forcesExpliquer angles, direction, allongement
Installer l'assurage n'importe oùLe système peut mal travailler ou devenir illisiblePlacer l'assurage dans l'axe utile
Ignorer la position du secondTraversée, pendule ou arrivée compliquéeConstruire pour la trajectoire réelle du second
Tout centraliser sur un mousquetonConfusion, frottements, erreur de manipulationSéparer sécurité, assurage et manœuvre

16.F5 — Drill au sol : cinq relais, cinq décisions [A]

Créer cinq configurations au pied d'une falaise, sur un mur école ou avec des points fictifs. Pour chaque configuration, le grimpeur doit expliquer son choix avant de construire.

ConfigurationQuestion attendueCritère de réussite
Deux points prochesPeut-on trianguler simplement ?Angle favorable, primaire clair
Points décalésComment éviter une fausse égalisation ?Relais adapté, pas de tension artificielle
Traversée arrivant de gaucheDans quel axe travaille l'assurage ?Relais orienté vers le second
Relais avec chaîne uséeLe point central est-il acceptable ?Inspection et renforcement si doute
Relais encombré à troisOù vont les personnes et les cordes ?Organisation lisible avant assurage

16.F6 — Cahier des charges d'illustrations

  • Schéma 1 : relais comme poste de travail : zones sécurité, assurage, matériel, corde.
  • Schéma 2 : même relais solide mais mal organisé vs relais lisible.
  • Schéma 3 : direction des forces selon arrivée verticale ou traversée.
  • Schéma 4 : angle de triangulation favorable / défavorable.
  • Schéma 5 : ligne d'assurage distincte d'une ligne de manœuvre.

⚡ ALERTE

Un relais doit être à la fois solide, redondant et exploitable. Un système que l'on ne comprend plus une fois chargé, encombré ou sous stress est déjà un système dégradé.

Contenu sous licence Creative Commons BY-NC-SA 4.0